De la naissance à son adolescence, la vie n'est pas toujours facile !

 
1930

 


Le 1er Mai, né Roger-Luc Mary - qui s’appellera tout d’abord Lucien Roger Mary -, à Alger – Algérie, française à l’époque - d’une trop jeune (16 ans) et improbable maman, Henriette, Marcelle, Andrée MARY, dite Pepo, et d’un papa « inconnu ». Une légende familiale raconte que le père serait un militaire américain de passage, un certain Langham Kriefsky... Mais nous savons tous ce que valent les légendes ! La famille Mary est une dynastie d’artistes : très jeunes, Pepo et sa nièce Sonia, dite « Sosso » chantent et dansent dans des revues et des numéros de charleston, durant les années 1920 ; on s’enorgueillit aussi de quelques célébrités familiales : le grand-père, Jules Mary, notoire romancier du 19ième siècle qui écrivit, entre autre, un best-seller dont, ironie d’une synchronicité significative, le titre était « Roger la Honte » ; puis, il y eut aussi le père, Abélard Clément Mary, un comédien qui, avec Pepo et Sosso, engendra un autre comédien : Anatole Antoine Clément Mary, dit René Dary, dit aussi « Bébé Abelard » lorsqu’il débuta au cinéma en 1908.

Lucien Roger Mary naît Taureau, ascendant Cancer. Un astrologue voyant son thème astral lui dira un jour : « Ben mon vieux, c’est rudement courageux de ta part d’avoir choisi tout ça, à croire que ton karma est plutôt lourdingue » ! Peut être bien, car dès son premier souffle, celui qui s’appelle encore Lucien Mary au début de son existence sur cette Terre, doit engager le combat de sa vie : être reconnu. A quelques jours, sa mère le « dépose » dans un orphelinat comme on range une valise dans une consigne de gare, et part pour Marseille rejoindre sa famille. Six mois plus tard, au détour d’une conversation, elle apprend à tout le monde qu’elle a eu un enfant, et qu’elle l’a laissé là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée ; la fibre maternelle ne se décrète pas, on l’a ou on ne l’a pas ! Qui décide de prendre le bateau, de rejoindre la Ville Blanche et de récupérer l’enfant ? Personne ne s’en souvient. Lucien rejoint sa « famille ».

 


1931


Bébé chez cette mère de hasard, c’est pas de la tarte ! Lucien s’en souviendra toute sa vie. En fait, pour une obscure raison de conflit familial, c’est sur la toute jeune Henriette que repose la pérennité matérielle de cette « famille » composée d’elle-même, de son fils Lucien, de sa soeur « Fonfon » et sa fille Sonia dite « Sosso », de Juliette sa mère et d’Abelard son père, les grands-parents de Lucien et de Sosso. Tout ce petit monde habite au 51 rue Paradis, à Marseille. Henriette s’intéresse très moyennement à son fils ; une plante verte eut été plus décorative. Quand elle épouse le Sieur Plaindoux, l’enfant fait partie de la dot. Le Sieur Plaindoux prend le tout… mais ne s’en soucie pas plus que des quelques gravures encadrées que sa jeune épouse amène aussi dans leur nouvelle et conjointe demeure. Période « vie en famille ».

 


1936


Lucien navigue entre la rue Paradis où sa grand-mère le comble d’amour mais se montre aussi parfois avare, voire haineuse, et la maison des Plaindoux. Alors que le Front Populaire obtient de hautes luttes les tous premiers congés payés, Lucien est déjà engagé depuis plusieurs années dans un combat pour sa reconnaissance : tout est bon pour qu’on le remarque et qu’on lui porte enfin un rien d’attention. Exemple d’actions menées contre les « parents » : faut-il taillader le rasoir à main du Sieur Plaindoux afin que celui-ci se coupe, histoire de provoquer une réaction et de lui faire payer ses brutalités ? Lucien n’hésite pas un instant et à plusieurs reprises, le Sieur Plaindoux se coupe ; Lucien incendie une partie du jardin de la maison pour exprimer que lui aussi brûle et que nul ne prête attention à ses flammes ; il vole régulièrement de l’argent dans le portefeuille du Sieur Plaindoux, car, dira-t-il plusieurs années plus tard  pour se donner bonne conscience :  « ce salaud me volait l’amour de ma mère »… Bref, une saine ambiance familiale ! Période « famille, je vous hais ».


1937

 Trop c’est trop ! Lucien est « placé » en pension ; officiellement, c’est pour l’éduquer et lui apprendre les « bonnes manières ». Personne ne peut s’y opposer : papi Abélard est parti l’année précédente d’une méchante grippe, et mamie Juliette est sur son déclin. Tout, chez les Frères Maristes de Marseille, est empreint d'une philosophie religieuse tournée vers le catholicisme qui se base sur Marie en modèle d'éducation et d'intercession auprès de Jésus ; un mariste doit croire dans l'institution et dans la force du travail d'équipe. Bref, on imagine aisément ce que fut pour Lucien la rencontre de ce monde, surréaliste pour ce « fils unique » et quelque peu honni dans sa famille : un environnement fondé sur des valeurs qui lui sont alors totalement étrangères. On donnait aussi bien du « Monsieur Mary » que du cachot chez les Maristes dans les années 1940. Pour le petit Lucien, le combat continue contre le monde des adultes dont il ne reçoit jamais d’amour, et durera jusqu’à un certain jour de bombardement de la ville, vers la fin de la guerre, quand un mur du pensionnat s’écroule et laisse enfin entrer le vent de la liberté. Une brèche que Lucien franchit sans se retourner, pour devenir, certes, fugueur, mais libéré…


 

3 votes. Moyenne 2.67 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.